Your browser (Internet Explorer 7 or lower) is out of date. It has known security flaws and may not display all features of this and other websites. Learn how to update your browser.

X

Effondrement du Rana Plaza : une sortie de crise cruciale pour les entreprises du textile

Après l’effroi semble venu le temps des critiques. Face à un bilan humain particulièrement lourd – 1127 ouvriers ont péri -, plusieurs marques occidentales d’habillement se trouvent dans le viseur des médias et des ONG. La raison ? La présence de vêtements portant leurs étiquettes dans les décombres du Rana Plaza, immeuble d’ateliers de confection situé à Dacca, au Bangladesh.

Dans un secteur où le choix des clients se fonde autant sur des coups de cœur que sur le glamour véhiculé par la marque, l’image est un enjeu majeur. Pour autant, les entreprises du textile ont beaucoup fait, ces dernières années, pour répondre aux polémiques (travail des enfants, utilisation de produits toxiques, etc.) et garantir à leurs consommateurs du caractère éthique de leurs vêtements.

 

Pour sortir par le haut de cet accident industriel, le pire en Asie du Sud depuis la catastrophe de Bhopal (Inde), elles devront répondre à trois exigences :

 1.        Très vite, présenter des avancées crédibles en matière de sécurité. L’adhésion, le 16 mai, de 31 marques occidentales dont Carrefour, H&M,  Zara et Mango,  à l’accord poussé par les ONG et les syndicats pour améliorer les conditions de sécurité dans les usines constitue une première réponse à ces pressions. L’enjeu est de taille pour toutes ces enseignes de réputation internationale.

 2.        Ensuite, contribuer à l’amélioration des conditions de travail. Améliorer les conditions de travail dans un pays où la corruption est endémique, où la majorité des constructions se font sans permis et où les syndicats sont largement absents des usines prendra des années. Les enseignes sont donc placées face à un dilemme. Rester, c’est prendre le risque de cautionner un système non respectueux des normes en matière de RSE et dangereux pour des salariés ayant, par ailleurs, des salaires parmi les plus faibles au monde. Pour autant, quitter massivement le Bangladesh c’est aussi priver d’emploi des milliers de personnes dans le besoin et prendre le risque d’entamer sa compétitivité. Tenter de changer les choses en faisant pression sur les autorités locales et les concurrents – à l’image du patron de H&M qui a appelé à des hausses de salaires dans le pays – apparaît donc une option intéressante. 

 3.        A terme, renforcer la traçabilité des produits. La traçabilité des approvisionnements est amenée à devenir un élément-clé de la communication RSE des enseignes de l’habillement. La catastrophe de Dacca a, ainsi, mis en lumière les difficultés bien réelles de ces entreprises à contrôler le recours non autorisé de leurs fournisseurs à des sous-traitants. Annoncer l’ouverture d’enquêtes a été une réponse d’urgence face aux critiques. Mais une telle stratégie risque d’être inopérante lors d’une prochaine crise. D’où l’intérêt d’aller plus loin dans le contrôle des chaines d’approvisionnement.

 

En replaçant l’attention sur les conditions de production de la « fast fashion », la catastrophe de Dacca ouvre d’importants risques d’image, pour tout un secteur. Ne tireront leur épingle du jeu que les enseignes qui sauront anticiper et faire, de l’inflation normative à venir, un atout stratégique et d’image, par exemple dans le cadre d’une montée en gamme de leur RSE.

 

Lionel Capel