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Décryptage – Les limites de la réaction du président de l’UMP aux accusations de l’hebdomadaire Le Point

Par Aymeric Granet – Vae Solis Corporate

Il est encore trop tôt pour déterminer les conséquences qu’auront pour le président de l’UMP les accusations formulées à son encontre par Le Point. En revanche, il est d’ores et déjà possible de décrypter de manière factuelle la riposte de Jean-François Copé pour en tirer des enseignements  utiles à la gestion de crises futures. Au-delà des critiques partisanes et politiques de tous bords, c’est l’exercice analytique auquel nous avons souhaité nous livrer dans ce billet.

 

La dramaturgie surdimensionnée de la « déclaration solennelle »

Annuler le dimanche soir sa participation à la matinale de Jean-Jacques Bourdin le lundi matin sur BFM TV / RMC, en annonçant une « déclaration solennelle » à venir le lundi en fin de matinée a créé une attente démultipliée quant à sa prise de parole. Plus gênant, la sémantique choisie a très rapidement alimenté les rumeurs de démission potentielle de Jean-François Copé. Si l’on comprend le choix d’une « déclaration solennelle » permettant une meilleure maîtrise des messages délivrés, cela confère à la prise de parole une dramaturgie en décalage total avec le fond du discours tenu par Jean-François Copé. Surtout, la réaction perd la légitimité, l’émotion et le naturel que peut apporter un échange avec un interviewer chevronné comme Jean-Jacques Bourdin.

 

Isolé face à l’opposition…et une partie de l’UMP

Pour des raisons évidentes de confidentialité et de discrétion, Jean-François Copé a préparé sa riposte avec une garde rapprochée restreinte. Mais les réactions plus que mitigées au sein de l’UMP à l’issue de sa déclaration ont montré, qu’à l’évidence, le président de l’UMP n’avait sollicité en amont aucun des caciques du parti pour tester auprès d’eux le contenu de sa prise de parole et s’assurer d’un soutien de leur part, ou, à tout le moins, d’une neutralité bienveillante sur l’autel des élections municipales à venir. La construction préalable de ce réseau de soutiens, sur la base d’un consensus interne autour de ses déclarations, auraient permis de faire face efficacement aux critiques d’un Parti socialiste en embuscade, tout en créant un rempart supplémentaire face à la réaction prévisible d’une profession journalistique pointée du doigt dans son ensemble.

 

Réveiller l’esprit de corps des journalistes

Adopter une stratégie de rejet de la responsabilité sur une personne tierce est une chose. Mais choisir de s’en prendre directement aux journalistes en les qualifiant de caste” médiatique qui “se cache derrière les termes de transparence et de démocratie” c’est avant tout ajouter un risque à la crise médiatique que traverse déjà le président l’UMP. Comme il était prévisible, les journalistes ont eu une réaction de corps en dénonçant à l’unisson un écran de fumée destiné à éviter de répondre directement aux accusations formulées par Le Point. Le florilège des réactions de dirigeants de médias à la suite de la déclaration de Jean-François Copé est édifiant et montre que le président de l’UMP les a poussés dans les bras de ses détracteurs en leur donnant l’opportunité de prendre médiatiquement fait et cause pour Le Point, alimentant ainsi la polémique au lieu de l’apaiser.

 

Un écran de fumée trop léger pour camoufler les nombreuses questions laissées sans réponses

Un des principes fondateurs de la communication de crise est de ne jamais laisser une question sans réponse. Or l’échec de la diversion tentée par le président de l’UMP a pour conséquence directe de focaliser l’attention de l’opposition et de médias, désormais dument aiguillonnés, sur les questions laissées totalement ou partiellement sans réponse. Paradoxalement, au lieu d’élargir le débat et de détourner l’attention, son appel à la transparence tend même à se retourner contre lui en laissant penser aux journalistes et à l’opinion publique que l’écran de fumée a peut être pour objectif de dissimuler quelque chose d’encore plus grave. Et le précédent de l’affaire Cahuzac qui avait célébré la victoire d’un Mediapart campant pendant plusieurs mois sur ses accusations initiales créé un contexte défavorable pour le président de l’UMP.

« Quand on met de la merde dans un ventilateur, il faut s’attendre à ce que tout le monde soit éclaboussé », disait Jacques Chirac. En alimentant le ventilateur, Jean-François Copé pensait certainement détourner l’attention. Pour cette fois-ci les médias semblent en avoir décidé autrement.