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Affaire des écoutes Sarkozy : la triple erreur de communication de Christiane Taubira

par Jérémy Seeman – Vae Solis Corporate

Une semaine après les révélations du Monde puis du Canard Enchaîné sur les écoutes effectuées par la Justice sur Nicolas Sarkozy, l’affaire a pris ces derniers jours une tournure inattendue avec la mise en cause du gouvernement et plus particulièrement d’une de ses ministres les plus emblématiques, Christiane Taubira. Retour sur une suite d’erreurs de communication qui pourraient coûter cher à la majorité à la veille des élections municipales.

Tout s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices, malgré des sondages peu favorables, le gouvernement espérait ces dernières semaines profiter de la succession d’affaires qui agitent l’UMP avec en point d’orgue, celle des écoutes de l’ancien Président de la République par la Justice liées aux accusations pesant sur le financement de sa campagne en 2007.

C’était sans compter sur le fait qu’en communication politique, l’art du contre-feu est une arme qu’il convient de ne jamais sous-estimer. Le gouvernement et la Garde des Sceaux l’ont découvert à leurs dépens, et c’est aujourd’hui l’opposition qui pourrait bien profiter de la séquence pour déstabiliser l’une des ministres les plus populaires, alors qu’un remaniement s’annonce.

 

Une des meilleures communicantes de la classe politique  

Christiane Taubira n’est pourtant pas la première venue en matière de communication politique. Sur le podium des meilleurs communicants politiques en 2013 dans la 4e édition de l’étude politique menée par Vae Solis Corporate[1], Christiane Taubira a bâti ces derniers mois une image de ministre de premier plan et d’icône d’une partie de la majorité, aux qualités oratoires reconnues.

Son combat lors de la séquence du mariage pour tous l’avait d’ailleurs définitivement installée comme une des valeurs sûres du gouvernement, en pointe sur les questions sociétales et symbole pour un électorat de gauche parfois perdu par la politique économique du gouvernement.

Alors comment expliquer cette tourmente et le piège médiatique dans lequel est tombée la ministre ? Peut-elle encore retourner la situation ?

Une triple erreur de communication

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation s’est vite inversée. En moins d’une semaine, l’affaire « Sarkozy » s’est presque transformée en affaire « Taubira ». Envoyée au front pour éteindre un début d’incendie, la Garde des Sceaux a joué les pompiers pyromanes.

  • Une erreur de stratégie

En effet, lors de son intervention sur le plateau du JT de 20h de TF1 le 10 mars, la ministre a dans un premier temps déclaré « ne pas avoir l’information que Nicolas Sarkozy était écouté ». La ministre est pourtant contredite le lendemain dans un article du Canard Enchaîné qui révèle que la Chancellerie était au courant depuis le 26 février, soit avant la publication de l’article du Monde le 7 mars et donc de son interview.

Elle est surtout contredite par le Premier ministre en personne qui reconnaît, à la suite de la publication de l’article du Canard Enchaîné, qu’il avait été informé de l’affaire avant le 7 mars, par la Garde des Sceaux !

Contrainte de s’expliquer sur ses propos, la ministre a alors rectifié en affirmant avoir eu connaissance des écoutes depuis le 28 février (soit deux jours après son cabinet !) mais qu’elle n’en connaissait pas le contenu. Propos à nouveau contredit par le Procureur général de Paris, François Falletti, le 12 mars sur Europe 1, indiquant que la ministre avait reçu des éléments donnant la « substance » des écoutes réalisées.

  • Une erreur sur la forme

La conférence de presse donnée par la ministre à l’issue du Conseil des ministres le 12 mars a constitué une nouvelle erreur en matière de communication politique. Tout d’abord ce type de conférence de presse suivant un conseil des ministres est exceptionnel de la part d’un ministre autre que le porte-parole du gouvernement. Cela a par conséquent dramatisé une situation qui au contraire avait besoin d’être apaisée.

Ensuite, la ministre, tout en reconnaissant un « malentendu », s’est de nouveau défendue de tout mensonge à l’aide de documents, brandis aux yeux et caméras des journalistes, et qui étaient censés corroborer ses propos. Elle oubliait au passage qu’aujourd’hui un document montré aux caméras, même brièvement, peut être agrandi et scruté en détail. Or ces documents révèlent justement que la ministre avait reçu les éléments substantiels en question.

Elle se met ainsi elle-même dans une situation où les documents qu’elle montre à tous, faits pour souligner et crédibiliser son propos, la démentent. Totalement ubuesque !

  • Une erreur d’analyse

Christiane Taubira et l’ensemble du gouvernement n’ont pas vu la sensibilité de l’affaire, ils n’ont pas anticipé ses répercussions, et n’ont pas compris le contexte dans lequel elle s’inscrivait. C’est une erreur de stratégie de communication globale et partagée. Ils n’ont pas compris que l’opinion publique était encore marquée par l’affaire du mensonge de Jérôme Cahuzac, et par les épisodes des écoutes sous le mandat de François Mitterrand. En minimisant cette affaire, la ministre et tout le gouvernement la transforment en affaire politique et non plus judiciaire. Elle risque également de mettre le Président de la République François Hollande au centre d’un jeu dangereux, à l’approche d’une annonce stratégique sur le pacte de Responsabilité.

Ce manque de cohérence dans le message, cette absence de choix, dès le départ, d’une stratégie claire partagée avec tout le gouvernement et à laquelle se tenir, a renforcé auprès de l’opinion l’impression au mieux d’un amateurisme, au pire d’un mensonge.

Un retournement possible de la situation pour la ministre ?

Si la Chancellerie est « le ministère le plus risqué de la République » comme le décrit le journaliste Mathieu Delahousse dans un de ses ouvrages [2], un « twist médiatique » est encore possible. En effet, à l’aune de sa grande expérience politique, Christiane Taubira a toujours su éviter les pièges desquels on ne se relève pas et une nouvelle contre-offensive est à prévoir, cette fois-ci préparée, coordonnée et sans couac.

Par ailleurs le Président de la République peut-il réellement se passer d’une des ministres les plus populaires, notamment vis-à-vis de l’électorat de gauche ? Espérons pour Christiane Taubira que le possible prochain remaniement y réponde par la négative.

« Rien n’est plus proche du vrai que le faux » disait Albert Einstein, en voulant suivre de trop près cette maxime, la reine de la communication politique Christiane Taubira pourrait perdre sa couronne. 

 



[1] Etude réalisée sur un panel de 40 journalistes politiques entre mars et avril 2013

[2]Justice. Le ministère infernal, Paris, Flammarion, 2009

Décryptage – Les limites de la réaction du président de l’UMP aux accusations de l’hebdomadaire Le Point

Par Aymeric Granet – Vae Solis Corporate

Il est encore trop tôt pour déterminer les conséquences qu’auront pour le président de l’UMP les accusations formulées à son encontre par Le Point. En revanche, il est d’ores et déjà possible de décrypter de manière factuelle la riposte de Jean-François Copé pour en tirer des enseignements  utiles à la gestion de crises futures. Au-delà des critiques partisanes et politiques de tous bords, c’est l’exercice analytique auquel nous avons souhaité nous livrer dans ce billet.

 

La dramaturgie surdimensionnée de la « déclaration solennelle »

Annuler le dimanche soir sa participation à la matinale de Jean-Jacques Bourdin le lundi matin sur BFM TV / RMC, en annonçant une « déclaration solennelle » à venir le lundi en fin de matinée a créé une attente démultipliée quant à sa prise de parole. Plus gênant, la sémantique choisie a très rapidement alimenté les rumeurs de démission potentielle de Jean-François Copé. Si l’on comprend le choix d’une « déclaration solennelle » permettant une meilleure maîtrise des messages délivrés, cela confère à la prise de parole une dramaturgie en décalage total avec le fond du discours tenu par Jean-François Copé. Surtout, la réaction perd la légitimité, l’émotion et le naturel que peut apporter un échange avec un interviewer chevronné comme Jean-Jacques Bourdin.

 

Isolé face à l’opposition…et une partie de l’UMP

Pour des raisons évidentes de confidentialité et de discrétion, Jean-François Copé a préparé sa riposte avec une garde rapprochée restreinte. Mais les réactions plus que mitigées au sein de l’UMP à l’issue de sa déclaration ont montré, qu’à l’évidence, le président de l’UMP n’avait sollicité en amont aucun des caciques du parti pour tester auprès d’eux le contenu de sa prise de parole et s’assurer d’un soutien de leur part, ou, à tout le moins, d’une neutralité bienveillante sur l’autel des élections municipales à venir. La construction préalable de ce réseau de soutiens, sur la base d’un consensus interne autour de ses déclarations, auraient permis de faire face efficacement aux critiques d’un Parti socialiste en embuscade, tout en créant un rempart supplémentaire face à la réaction prévisible d’une profession journalistique pointée du doigt dans son ensemble.

 

Réveiller l’esprit de corps des journalistes

Adopter une stratégie de rejet de la responsabilité sur une personne tierce est une chose. Mais choisir de s’en prendre directement aux journalistes en les qualifiant de caste” médiatique qui “se cache derrière les termes de transparence et de démocratie” c’est avant tout ajouter un risque à la crise médiatique que traverse déjà le président l’UMP. Comme il était prévisible, les journalistes ont eu une réaction de corps en dénonçant à l’unisson un écran de fumée destiné à éviter de répondre directement aux accusations formulées par Le Point. Le florilège des réactions de dirigeants de médias à la suite de la déclaration de Jean-François Copé est édifiant et montre que le président de l’UMP les a poussés dans les bras de ses détracteurs en leur donnant l’opportunité de prendre médiatiquement fait et cause pour Le Point, alimentant ainsi la polémique au lieu de l’apaiser.

 

Un écran de fumée trop léger pour camoufler les nombreuses questions laissées sans réponses

Un des principes fondateurs de la communication de crise est de ne jamais laisser une question sans réponse. Or l’échec de la diversion tentée par le président de l’UMP a pour conséquence directe de focaliser l’attention de l’opposition et de médias, désormais dument aiguillonnés, sur les questions laissées totalement ou partiellement sans réponse. Paradoxalement, au lieu d’élargir le débat et de détourner l’attention, son appel à la transparence tend même à se retourner contre lui en laissant penser aux journalistes et à l’opinion publique que l’écran de fumée a peut être pour objectif de dissimuler quelque chose d’encore plus grave. Et le précédent de l’affaire Cahuzac qui avait célébré la victoire d’un Mediapart campant pendant plusieurs mois sur ses accusations initiales créé un contexte défavorable pour le président de l’UMP.

« Quand on met de la merde dans un ventilateur, il faut s’attendre à ce que tout le monde soit éclaboussé », disait Jacques Chirac. En alimentant le ventilateur, Jean-François Copé pensait certainement détourner l’attention. Pour cette fois-ci les médias semblent en avoir décidé autrement.