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La séquestration des dirigeants, quand le rapport de force bascule…

 

Les premiers mois de l’année 2012 ont vu apparaître une recrudescence du nombre de séquestrations de chefs d’entreprises. Bruno Ferrec, patron des fnac parisiennes, Luc Poyer, le PDG de E. ON France ou encore Jean-Daniel Decoster, Président de l’imprimerie Decoster ont, en effet, été les victimes d’un nouvel engouement pour cette méthode contestataire qui avait déjà été utilisée de nombreuses fois en 2009.

 

Alors que cette année là, les restructurations, les délocalisations ou les licenciements semblaient justifier cet acte violent, les raisons invoquées aujourd’hui concernent plus largement les gels ou limitation d’augmentations de salaires et la dévalorisation du travail…

Dans un contexte de dialogue social dégradé, cette méthode n’est donc plus utilisée comme « solution de la dernière chance » par les plus désespérés, mais, plus globalement, comme un véritable outil de revendication.

Alors que le fait de priver une personne de sa liberté en la maintenant enfermée est, en soi, un acte extrêmement violent et répréhensible, les salariés de certaines entreprises semblent vouloir en banaliser l’usage. Au final, l’objectif n’étant pas de porter physiquement atteinte à la personne séquestrée, la justice reste clémente à l’égard des « séquestreurs ». Mais cela ne doit pas pour autant minimiser la violence de l’acte. Car si jusqu’à présent la personne physique du dirigeant n’est pas « abîmée » il en va tout autrement de l’image de l’entreprise.

Séquestration : outil de communication ? Il est indéniable que la séquestration a acquis aujourd’hui une véritable place dans l’arsenal des outils de communication utilisé par les syndicats et les salariés.

En interne, elle témoigne de l’absence ou de la mauvaise santé du dialogue social, et instaure de manière artificielle et déséquilibrée un nouveau type d’échange entre le dirigeant et les salariés ; échange fragile qui devra se reconstruire sur de nouvellles bases.

En externe, la séquestration bien souvent médiatisée, impacte durablement l’image de l’entreprise et oblige le dirigeant à rééquilibrer le rapport de force et tout faire pour retrouver sa place de « leader et décideur » auprès de ses salariés, et aux yeux du grand public.

C’est pourquoi les formations pour faire face à la séquestration ou à la communication sous contrainte prennent tout leur sens. Une personne exercée pourra d’abord garder son sang-froid, et ensuite faire face à la situation. A l’inverse, une personne non entraînée aura naturellement tendance à s’enfermer dans un comportement qui génère bien souvent la prolongation de la période de séquestration et le durcissmeent du conflit.

Que les événements de ce début d’année s’agissent de faits isolés ou qu’ils soient l’amorce d’une longue série, il est toujours opportun de savoir gérer cette situation de crise alors… chefs d’entreprises, préparez-vous !

A voté ! A tweeté ?

ou l’explosion du risque de fuite des résultats du 1er tour à la Présidentielle

 

par Sophie Dulibeau, consultante

 

 

« Les premières indications que nous avons laissent prévoir des résultats sans précédent » ; « Nous sommes en mesure de vous annoncer d’ores et déjà que nous nous dirigeons vers une énorme surprise. » Ainsi s’exprimaient respectivement Patrick Poivre d’Arvor et David Pujadas le 21 avril 2002 à 19h à l’ouverture des éditions spéciales du premier tour de l’élection présidentielle. Si les médias ont l’interdiction légale d’annoncer les résultats du scrutin avant 20h, ces ouvertures de JT laissaient pourtant déjà entendre le résultat-choc qui sera annoncé une heure plus tard. Et les journalistes jouaient ainsi les équilibristes pour ne pas braver l’interdit.

La loi française impose en effet qu’aucun résultat d’un scrutin national ne soit diffusé avant 20h et c’est par le petit écran que se fait traditionnellement l’officialisation sacrée. On a tous en tête des images du 20h dévoilant le visage des deux impétrants du deuxième tour à l’élection présidentielle, ou celui du nouveau Président de la République. Mais quel sens donnerions-nous aujourd’hui au suspens entretenu par Jean-Pierre Elkabbach et Etienne Mougeotte le 10 mai 1981, dévoilant lentement à 20h le portrait électronique de François Mitterrand ?

L’époque est autre. Ce ne sont plus les médias traditionnels qui ont la primeur de l’information, des résultats circulant bien avant 20h par d’autres canaux. Internet a fait valser les lois du genre. Ainsi en 2002 puis en 2007, ce sont des sites internet belges et suisses qui ont annoncé les premiers les résultats de l’élection présidentielle, n’étant pas sous le coup de la loi française. De même, en 2007 certains journalistes avaient contourné la loi en se rendant à l’ambassade de Belgique pour annoncer leurs chiffres. Informations alors reprises par des blogueurs français qui narguaient le législateur, en publiant dès 17h30, « le ciel est bleu et le taux d’humidité à 54 %. »

Cinq ans après, ce sont les réseaux sociaux qui inquiètent, car leur influence n’a plus rien à voir avec celle de 2007. Aujourd’hui, avec plus de 3 millions de comptes Twitter et plus de 30 millions de comptes Facebook, le risque de « fuite » des résultats avant 20h est ici bien réel.

Mais revenons sur le jeu de dupes autour de ces résultats. Lors d’une soirée électorale, il y a ceux qui « les ont » et puis les autres. Ceux qui les ont, dès 18h30, ce sont les journalistes qui les détiennent par les sondeurs avec lesquels ils travaillent, puis les équipes des candidats. Rappelons qu’il s’agit-là uniquement d’estimations fondées sur les résultats issus d’une centaine de bureaux de vote tests fermant à 18h (au-delà des sondages sortis des urnes, moins fiables). Ce sont ces résultats qui « fuitent », profitant des horaires échelonnés de fermeture des bureaux de vote, de 18h à 20h. Une fermeture harmonisée limiterait ces manœuvres…

Si jusque-là les fuites étaient cantonnées à des échanges de SMS entre « happy few », les réseaux sociaux permettent d’ouvrir largement le cercle. Attendons-nous dimanche au sein des rédactions des journaux comme aux QG des candidats à voir chacun avec son smartphone ouvert sur son compte Facebook ou Twitter. Mais twittera ou twittera pas ?…

Le Parquet de Paris a annoncé qu’il poursuivra tous ceux qui diffuseront les premières estimations avant la fermeture des derniers bureaux de vote à 20h. Chaque individu qui publierait ces résultats risquera une amende de 75 000 euros. Car il en irait de la régularité du scrutin.

Mais ne surestimons-nous pas l’impact sur le scrutin d’une propagation de ces premiers résultats sur Internet ? Twitter est présenté comme la première menace puisque l’espace de micro-blogging permet une propagation en un temps minimum sur un volume maximum. Ayons à l’esprit que moins de 8% des utilisateurs d’Internet disposent d’un compte Twitter, ce qui ne pèse pas très lourd ramené à la part d’électeurs.

Certes ceux qui ont l’habitude d’utiliser très régulièrement Internet et les réseaux sociaux comme principale source d’information politique, seront très actifs dimanche soir. Ils rechercheront et rediffuseront instantanément les premiers « chiffres ». Mais peu de chance que ceux qui ne s’y adonnent pas habituellement, attendent de consulter les premières tendances pour décider d’un « vote stratégique ». Par ailleurs, un abstentionniste (par conviction ou par désintérêt) du dimanche matin 9h deviendrait-il potentiellement un électeur du dimanche 19h parce qu’il découvre les premiers résultats qui ne lui conviennent pas ? Il semble alors difficile d’envisager une mobilisation massive de dernière minute permettant de renverser une tendance entre 18h30 (heure des premiers résultats qui peuvent fuiter) et 20h (fermeture de certains bureaux de vote dans les grandes villes).

La « soirée » électorale de dimanche va créer quoi qu’il en soit un précédent et sera à ce titre très instructive. Le pouvoir démultiplicateur de Twitter va rendre la tâche des autorités très difficile pour identifier les premiers émetteurs des fuites. Il faudra en outre s’attendre à des comptes « fake » probablement créés pour l’occasion et à l’imagination débordante des internautes pour passer des messages codés qui ne tromperont personne ! Par ailleurs quelle attitude adopteront les équipes des candidats qui ont utilisé Twitter comme un véritable outil de communication durant toute la campagne : comment vont-elle freiner l’ardeur des militants dont certains pourraient être tentés de lancer une intox croyant pouvoir influencer le scrutin jusqu’au dernier moment ? Les journalistes quant à eux, qui s’expriment beaucoup plus librement sur Twitter, résisteront-ils à la tentation du buzz ?

Au-delà des urnes, toutes les attentions seront donc également sur la toile. « A tweeté ! »

Le Concordia ou les leçons d’un naufrage

 

 

Par Viviane Seigneur, Spécialiste de la gestion de risque, Docteur en Sciences Humaines et Sociales et Membre du Conseil Supérieur à la Formation et à la Recherche Stratégique (Ministère de la Défense)

 

La crise est toujours singulière et pourtant elle présente aussi des invariants que la recherche met au jour depuis 30 ans. La dynamique de crise est jalonnée de pièges aussi classiques qu’évitables et une solide série d’actions-clefs permet de piloter la crise en anticipant les écueils et en maintenant le bon cap.

Francesco Schettiro, capitaine du Concordia, est pour sa part tombé dans tous les pièges et incarne un double naufrage : celui de son paquebot et celui des sciences du risque à se diffuser largement parmi les cultures professionnelles.

Le vendredi 13 janvier, le navire percute un rocher vers 21h30. Un professionnel formé serait rapidement entré en phase d’alerte. Mais comme à peu près tout être humain non préparé, le Capitaine esquive, c’est le réflexe le plus courant dans de telles circonstances car il est très angoissant d’accepter que l’on rencontre un très gros problème. La conséquence la plus grave de l’esquive est de ne pas activer de réelle prise en charge.

Au lieu de cela, le Capitaine tombe dans un second piège de « débutant ». Il cherche à rassurer coûte que coûte avec un message du type « Tout est sous contrôle ». Ce réflexe aggravant est notamment renforcé par la peur de la panique. Notons que bien loin d’écarter un mouvement de panique (somme toute assez rare) c’est généralement la meilleure façon de le provoquer : dès que le message « rassurant » sera contredit de façon exponentielle par des signaux d’alerte, la défiance et la panique seront au pouvoir.

Une heure après l’impact (22h35), l’hélicoptère des gardes-côtes survole le paquebot qui est échoué mais pas encore (ou faiblement) incliné. Aucune évacuation n’est en vue. Un enquêteur déclare que si l’ordre d’évacuer avait été donné à ce moment-là, toutes les chaloupes auraient été utilisables par les passagers. « Tout le monde serait descendu (…) sans se mouiller un seul orteil ». En gestion de crise, le temps compte plus que jamais. La posture d’esquive du capitaine lui a fait perdre un temps précieux durant lequel une évacuation « normale » demeurait possible. Tandis que l’hélico survole l’embarcation, une forme de mutinerie se produit à bord car des membres d’équipage entament l’évacuation sans que le capitaine en ait donné l’ordre. Ici encore, l’une des clefs de voûte du pilotage de crise s’effondre. Sans travail d’équipe point de salut et l’action s’enraye dramatiquement.

Vers 23h, la situation est devenue catastrophique, l’inclinaison du bateau, d’abord à 20 ° puis à 80, rend la manœuvre d’évacuation extrêmement difficile, aggravée par la panique et l’absence de coordination. Vers 23h40, le commandant de la capitainerie du port de Livourne découvre que le capitaine du Concordia est à terre. Il lui intime l’ordre de remonter à bord. Le capitaine ne retourne pas sur le navire et devient un salopard aux yeux de l’opinion public.

Est-ce le cas ? Je ne le sais pas. Mais une crise mérite une analyse autrement plus vaste et profonde qu’un simple jugement moral. La désignation d’une tête de Turc en temps de crise est une tentation forte.

Faire du capitaine du Concordia un simple « salaud » serait aussi commode que contreproductif. Ce serait le meilleur moyen de rater une prise de conscience nécessaire : en temps de crise, les notions de bon sens ou de dignité sont inopérantes, voilà tout. Seule une formation professionnelle, avec un savoir-être et un savoir-faire, fonctionne. Sans cela, quelques uns face à la crise s’en sortiront bien grâce à de bonnes intuitions et des qualités naturelles, mais la majorité se perdra en chemin. Le bilan provisoire du naufrage du Concordia est de 16 morts, 17 disparus, sans parler des blessés, du traumatisme, du coût économique ou encore de la menace écologique.

16 morts et 17 disparus parce que le b. a.-ba du pilotage de crise d’un homme responsable de milliers de vies est inexistant. J’aimerais pouvoir considérer le capitaine Schettiro comme la brebis galeuse des responsables et dirigeants mais il n’incarne à mes yeux que l’expression de leur incurie.

Viviane Seigneur